Conseils pour préparer, planifier et réussir votre séance photo de paysage

Très souvent, je remarque que les personnes qui regardent mes images pensent qu’elles sont réalisées de manière très spontanée, tel un photoreporter devant une action imprévisible, et que je serais super chanceux d’arriver toujours au bon moment, au bon endroit… comme par magie.

La réalité est toute autre. Au risque de briser la magie derrière cette histoire que la plupart se racontent souvent en regardant mes photos, chacune d’entre elles nécessite d’être construite, selon mes envies du moment et surtout les éléments du moment. Je vais vous expliquer le cheminement complet qui se déroule en amont de mon déclenchement.

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Une image, ça se construit

Vous l’aurez compris, mes prises de vues ne sont pas le fruit du hasard, un jour de balade ensoleillée. Même s’il est vrai qu’on peut parfois se faire « surprendre » par une lumière, un rayon de soleil ou une scène qui se dessine devant nos yeux en quelques secondes, la grande majorité du temps, je sais exactement quelle image je vais réaliser quand je pars de chez moi. Seuls quelques détails imprévisibles peuvent survenir durant mon aventure. Cela reste néanmoins relativement « maîtrisable ». Attention, tout ne peut pas être contrôlé non plus… Il ne faut pas rêver !

Dans cet article, je vais vous donner les 5 étapes qui sont nécessaires à la planification d’une sortie photo.

1. Trouver des lieux intéressants

Je suis en permanence occupé à chercher des « spots » intéressants : des paysages, des bâtiments, des ambiances, des environnements qui valent le coup. Cela se passe souvent à l’extérieur mais cela peut également être des lieux intérieurs. Pour cela, un long travail d’investigation est nécessaire ! J’utilise beaucoup le web mais pas que ! Quand je suis en déplacement, je n’hésite pas à faire un petit détour, je me déplace, je regarde beaucoup, je cherche un sujet, un paysage. J’en parle aussi autour de moi, je demande souvent à mon entourage s’ils connaissent un lieu qui leur parle.

2. Investigation et repérage

C’est à ce moment-là que démarre le travail de repérage. Je commence par rechercher un maximum d’images qui ont déjà été réalisées sur le lieux que je vise. J’épluche ainsi la zone sur Google Map, afin de récupérer le plus d’indices possibles. Je me questionne : d’où exactement les images ont-elles été prises ? Est-ce qu’il y a de la végétation autour ? Est-ce accessible en voiture, à pied ? Est-ce un milieu urbain (donc éclairé) ou bien au contraire reculé (marche pédestre au clair de lune) ?

A ce moment-là, je sais déjà si je veux faire une heure bleue (parce que le bâtiment est éclairé ou qu’il y a de l’éclairage urbain) ou si je vais plutôt partir sur une lumière dorée et douce, en début ou fin de journée.

Je sais également (plus ou moins) où je vais me placer pour shooter, si le site est accessible en voiture ou pas et enfin, je calcule le temps que je mets pour me rendre sur place. Toutes ces infos sont importantes, dans le sens où sur place, je n’aurai qu’une fenêtre de quelques dizaines de minutes pour réaliser ma prise de vue. Ce n’est donc pas le jour « J » que je dois découvrir l’environnement du site. Je dois tout maîtriser (ou presque) sur mon emplacement.

3. Maitriser l’orientation

Une fois que je sais où se trouve mon sujet et d’où je vais le capturer, il me reste à savoir comment il va être éclairé. Pour cela, ce qui est important de connaitre et de maitriser, c’est l’orientation du sujet par rapport à l’emplacement du soleil.
Vous devez imaginer l’image que vous souhaitez composer.

  • Est-ce que je veux un contre-jour avec un levé/couché de soleil ou bien un trois-quart face ou encore un éclairage de côté ?
  • Où seront les ombres ?
  • Quel type d’ombre ? Dures ? Douces ?

Je n’ai aucun sens de l’orientation

Cela peut sembler compliqué et peu prévisible mais rassurez-vous, je vais tout vous expliquer. En fait, c’est très simple quand on dispose des bons outils.

On a l’habitude de dire que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest. Ce n’est pas vraiment le cas, du moins pas toute l’année. En réalité, ce n’est le cas qu’aux équinoxes, soit deux fois dans l’année (le 21 mars et le 21 septembre approximativement). Le reste de l’année, le soleil se lève au nord-est et se couche au nord-ouest durant la période du solstice d’été (le 21 juin), alors qu’il se lève au sud-est et se couche au sud-ouest lors du solstice d’hiver (le 21 décembre).

Alors, comment anticiper exactement le moment et l’endroit où le soleil va se lever ? Il existe pour cela un tas d’applications pour smartphones qui sont capables de calculer cela sur une carte. Personnellement, j’utilise « GoldenHour.One » qui me semble assez complète. Ceci étant dit, c’est à vous d’essayer l’outil qui vous correspondra le mieux.

Sur les images suivantes, vous pouvez précisément observer à quel endroit le soleil va se lever et se coucher, en fonction des saisons.
De gauche à droite : le 21 décembre / le 21 mars / le 21 juin / le 21 septembre.

Comment interpréter toutes ces droites et couleurs ?

C’est très simple :

  • Le trait jaune indique là où le soleil va se lever.
  • Le trait rouge indique là où le soleil va se coucher.
  • Le trait orange désigne là où le soleil se situe (il est en pointillés quand le soleil n’est pas visible), en fonction de l’heure configurée dans le calculateur.
  • Le trait gris clair désigne l’emplacement de la lune (il est en pointillés quand la lune n’est pas visible), en fonction de l’heure configurée dans le calculateur.
  • La zone bleue indique le créneau de l’heure bleue.
  • La zone jaune orangé indique le créneau de l’heure dorée.
  • Les deux derniers traits représentent le levé et le couché de la lune.

Comme nous allons le voir dans le prochain paragraphe, ces applications sont complètement indispensables pour savoir à quelle période et surtout à quelle heure se rendre sur le lieu de mon shooting !

4. Déterminer le moment le plus favorable.

Maintenant que je sais exactement où me placer en fonction de mon sujet, je dois déterminer quand y aller très précisément. Et là encore, c’est « GoldenHour.One » (et consort) qui va nous le dire très exactement. Comme vu précédemment, je vais donc calculer avec l’application à quel moment de l’année je devrai me présenter sur le spot, afin que le soleil se lève (ou se couche) exactement là où je le désire. Cela me permet d’échafauder un calendrier avec des périodes pour chacun de mes lieux à photographier. Par exemple en ville, je peux planifier plusieurs périodes sur l’année, afin de photographier plusieurs bâtiments.

Mais ce n’est pas tout ! Il me reste encore à connaître l’heure de mon rendez-vous. Chaque jour, le soleil change de position. Il faut donc anticiper précisément l’heure à laquelle il va pointer le bout de sont nez.

Ci-dessous, les heures de levés et couchés du soleil (sur un cadran horaire de 24h) à Paris.
Classé de gauche à droite : le 21 décembre / le 21 mars / le 21 juin / le 21 septembre.

Exemple pratique

Imaginons que je veuille faire une image de la Tour Eiffel à partir du Trocadéro, durant une heure dorée. Suivant les indications de l’application reprise sur les images ci-dessous, le meilleur moment de l’année est au solstice d’hiver, soit le 21 décembre. C’est un paysage urbain, il n’y aura donc pas beaucoup de végétation (ce qui est mieux en saison hivernale) et la Tour Eiffel sera donc visible sur un font d’abord bleu puis orangé en heure dorée.

Le cadran horaire m’indique que l’heure bleue débute à 8h00 du matin, le 21 décembre 2020. Donc le 21 décembre à 8h00, je devrai être installé avec mon trépied au Trocadéro, prêt à déclencher pour réaliser mon image.

5. Préparez votre sortie pour le jour « J »

Ça y est, vous avez votre paysage, votre repérage est sans faille, vous savez comment il est orienté et quand vous devez vous présenter sur le lieu du shoot. Il ne vous reste plus qu’à faire votre sac et à y aller.
Cependant, même si ça semble évident pour certains, je conseille aux autres de préparer son matériel la veille. Vous allez parfois devoir vous lever tôt dans la nuit pour arriver là où il faut, à l’heure qu’il faut. En juin, l’heure bleue commence à 5h00 du matin. Je vous conseille donc fortement de bien vous préparer à l’avance. Cette cinquième étape est aussi importante que les quatre précédentes. Il m’arrive parfois de faire plusieurs heures de route pour un levé de soleil. Alors, un oubli, un grain de sable dans la machine et vous ratez votre rendez-vous.

Voici ma liste non exhaustive des choses auxquelles je dois penser :

  • Suivant le spot que vous avez trouvé, songez à prendre de l’éclairage. Je ne pars par exemple jamais sans une frontale. Elle se révélera très pratique, le jour où vous serez occupé à monter votre trépied dans un noir abyssal, au milieu d’une forêt de sapins.
  • Pensez également à vous couvrir les mains en hiver. En effet, travailler avec les doigts gelés est insupportable.
  • Préparez-vous de quoi manger car vous ne savez pas comment va évoluer votre matinée.
  • Allez aux toilettes avant de partir de chez vous ! Ca sera bien plus confort que dans les bois ou même en milieu urbain.
  • Pensez à avoir un téléphone chargé et une trousse de secours si le spot est dangereux.
  • Faites le plein de votre voiture quelques jours avant.

Bref, vous l’avez compris, faites en sorte de n’avoir qu’à vous lever pour prendre votre matériel et aller shooter.

Quelles sont les variables difficilement prévisibles ?

On a beau vouloir tout maitriser, ce n’est malheureusement pas possible. Cet article vise à réduire considérablement les mauvaises expériences. Comme vous pouvez le voir, on peut prévoir beaucoup de choses sans même sortir de chez soi. Néanmoins, il reste des variables qu’il est plus compliqué d’anticiper.

La première qui me vient à l’esprit, c’est la météo. Certes, nous avons des applications météo plus ou moins précises mails il y a des phénomènes météo tout de même difficiles à anticiper. Il m’est par exemple déjà arrivé de faire des centaines de km pour un paysage et de constater sur place qu’il y a un brouillard à couper au couteau… Il faut alors dégainer le plan B et essayer de faire autre chose. Mais il faudra revenir une autre fois pour le paysage…

Pareil pour des travaux en ville : se retrouver au milieu de grues et d’un chantier n’est jamais une bonne nouvelle.

Si vous souhaitez photographier un bâtiment en heure bleue, essayez de savoir s’il sera éclairé. Quels sont les horaires d’ouverture du bâtiment pour avoir des fenêtres allumées ?

Pour finir

Prenez votre pied. La photo de paysage, c’est tout ça en même temps. De ces moments de recherche à la prise de vue, que ça soit seul un matin d’été ou au milieu de la foule lors d’une soirée d’hiver, votre objectif doit rester le même : vous éclater ! Faites ce que vous faites à fond et surtout, faites-le pour le plaisir.

En espérant vous avoir donné le goût de partir à l’aventure ! N’hésitez pas à rejoindre mon serveur Discord si vous souhaitez échanger avec moi. Je vous mets le lien juste en-dessous .

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